J’ai
affirmé le 4 juillet que les États-Unis ne céderaient pas, et
l’Iran non plus : « …l’une, par arrogance de puissants ;
l’autre, par la résistance au joug et par la capacité de
combattre, comme cela est arrivé si souvent dans l’histoire de
l’homme. »
Dans
presque toutes les guerres, une des parties souhaite l’éviter, et
parfois les deux. En l’occurrence, celle-ci éclatera, même si
l’une de parties ne le désire pas, comme cela arriva lors des
guerres mondiales de 14-18 et de 39-45, séparées par vingt-cinq ans
à peine.
La
boucherie fut effroyable. Ces guerres n’auraient pas éclaté sans
des erreurs de calculs préalables des deux parties qui défendaient
des intérêts impérialistes et croyaient pouvoir atteindre leurs
objectifs sans de si terribles coûts.
Dans
le cas présent, l’une des parties défend des intérêts nationaux
absolument justes ; l’autre poursuit des visées illégitimes
et des intérêts bassement matériels.
Quand
on analyse toutes les guerres qui se sont déroulées dans les
annales de l’Histoire, on constate que l’une des parties a
toujours visé ces objectifs-ci.
L’illusion
qu’il soit possible de les atteindre en l’occurrence sans la plus
terrible de toutes les guerres est absolument vaine.
Dans
l’un des meilleurs articles publiés sur le site web Global
Research, le 11
avril 2010, Rick Rozoff apporte de nombreux critères incontestables
sur les visées des USA. Toute personne qui se veut bien informée
doit les connaître.
Selon
cet auteur, les USA pensent qu’ « une guerre peut être
gagnée sans même avoir été lancée. Il est possible de remporter
la victoire si l’adversaire sait qu’il est vulnérable à une
attaque instantanée et non détectable, écrasante et dévastatrice,
sans qu’il puisse se défendre ou exercer des représailles ».
C’est
« un pays qui aspire à rester le seul État dans l’histoire
à exercer une domination militaire complète sur terre, dans les
airs, sur les mers et dans l’espace. »
« Qui
maintient et étend des bases militaires et des troupes, des groupes
de bataille formés de porte-avions et de bombardiers stratégiques
sur presque toutes les latitudes et longitudes. Qui possède pour ce
faire un budget de guerre record depuis la fin de la Seconde Guerre
mondiale : 708 milliards de dollars pour le prochain exercice
fiscal. »
« …le
premier pays à avoir mis au point et utilisé des armes atomiques. »
« …les
USA conservent 1 550 ogives nucléaires déjà déployées et 2 200
(ou 3 500 selon certains calculs) de plus entreposées, et une triade
de vecteurs de lancement terrestres, aériens et sous-marins ».
« Leur
arsenal non nucléaire utilisé pour neutraliser et détruire les
défenses aériennes et stratégiques, potentiellement toutes les
forces militaires importantes d’autres nations, sera constitué de
missiles balistiques intercontinentaux, de missiles balistiques
adaptés pour être lancés à partir de sous-marins, de missiles de
croisière et de bombardiers hypersoniques, et de bombardiers
stratégiques "super-furtifs" non détectables par les
radars et donc capables de déjouer les défenses terrestres et
aériennes. »
Rozoff
énumère les nombreuses conférences de presse, réunions et
déclarations de ces derniers mois en provenance des chefs de
l’état-major interarmes et de hauts fonctionnaires de
l’administration étasunienne.
Il
explique les engagements des USA avec l’OTAN et leur coopération
renforcée avec leurs alliés du Proche-Orient, autrement dit, en
premier lieu, Israël. Il écrit :
« Les
USA intensifient aussi leurs programmes de guerre spatiale et
cybernétique afin d’être en mesure de paralyser les systèmes de
surveillance et de commandement militaires, de contrôle, de
communications, d’informatique et de renseignement d’autres
nations, les laissant absolument sans défense sauf au niveau
tactique le plus élémentaire. »
Il
rappelle que la Russie et les USA ont signé à Prague, le 8 avril
dernier, le nouveau Traité START qui « ne contient aucune
contrainte sur la capacité actuelle ou planifiée des USA en matière
d’attaque classique globale rapide. »
Il
rapporte de nombreuses nouvelles à ce sujet et donne un exemple
éloquent sur les visées des USA :
« Le
département de la Défense explore actuellement toute la gamme de
technologies et de systèmes concernant la capacité d’attaque
classique globale rapide qui pourrait offrir au président des choix
plus crédibles et techniquement viables pour faire face à de
nouvelles menaces en évolution. »
Je
suis d’avis qu’aucun président, voire le chef militaire le plus
expert, n’aurait pas un instant pour savoir quoi faire si les
ordinateurs ne l’avaient déjà programmé.
Rozoff,
imperturbable, rappelle l’analyse faite par Elaine Grossman sur
Global Security
Network dans un
article intitulé « Les essais concernant le missile
d’attaque globale pourraient coûter 500 millions de dollars » :
« L’administration
Obama a demandé 239,9 millions de dollars à des fins de
recherche-développement par les services militaires d’une attaque
globale instantanée pour l’exercice fiscal 2011…. Si le
financement se maintient au niveau prévu dans les années à venir,
le Pentagone aura dépensé quelque 2 milliards de dollars pour cette
capacité d’attaque globale rapide d’ici la fin de l’exercice
fiscal 2015, selon les documents budgétaires soumis au Capitole ce
dernier mois. »
« Un
scénario tout aussi horrifiant au sujet des effets d’une attaque
classique globale rapide, cette fois en version maritime, est apparu
voilà trois ans dans la revue Popular
Mechanics :
« Un
sous-marin atomique classe Ohio émerge dans le Pacifique, attendant
l’ordre de tir du président. Quand celui-ci arrive, le sous-marin
tire un missile balistique Trident-II de 65 tonnes qui atteint en
deux minutes plus de 22 000 km/heure. Il s’élève au-dessus des
océans et dans l’espace extra-atmosphérique pendant des milliers
de kilomètres.
« Au
sommet de sa parabole, suspendus dans l’espace, les quatre ogives
du Trident se séparent et commencent à redescendre vers la planète.
« Les
ogives, qui voyagent à près de 21 000 km/h, sont remplies de
tringles de tungstène, un métal deux fois plus résistant que
l’acier.
« Les
ogives détonnent juste au-dessus de l’objectif, répandant sur la
zone des milliers de tringles, dont chacune est douze fois plus
destructrice qu’une balle calibre 50. Tout ce qui se trouve dans un
rayon de 280 m2
autour de cette tempête métallique tourbillonnante est anéanti. »
Rozoff
explique ensuite la colonne écrite le 7 avril, sous le titre :
« La surprise nucléaire d’Obama », par l’ancien chef
de l’état-major interarmes russe, le général Leonid Ivashov,
qui, après avoir fait référence au discours prononcé par le
président étasunien à Prague, un an avant – « l’existence
de milliers d’armes nucléaires est l’héritage le plus dangereux
de la Guerre froide » – et à sa signature de START II dans
cette même ville, le 8 avril dernier, affirme :
« L’histoire
des USA durant le siècle dernier n’offre aucun exemple que les
élites étasuniennes aient fait le moindre sacrifice pour l’humanité
ou pour les peuples d’autres pays. Serait-il dès lors réaliste
d’attendre que l’arrivée à la Maison-Blanche d’un président
afro-étasunien change la philosophie politique de ce pays
traditionnellement axée sur la domination mondiale ? Ceux qui
croient à quelque chose de pareil devraient alors se demander
pourquoi les USA – le pays dont le budget militaire dépasse déjà
celui de tous les autres pays du monde réunis – continuent de
dépenser des sommes d’argent énormes pour se préparer à la
guerre. »
Le
général russe affirme :
« Le
concept d’Attaque globale rapide implique une frappe concentrée
par des milliers d’armes classiques de précision durant deux à
quatre heures qui détruirait complètement les infrastructures
vitales du pays cible et le forcerait donc à capituler. »
« Le
concept d’Attaque globale rapide vise à maintenir le monopole des
USA dans le domaine militaire et à creuser l’écart entre eux et
le reste du monde. De pair avec le déploiement de missiles de
défense censés blinder les USA face à des frappes de représailles
russes et chinoises, l’initiative d’Attaque globale rapide est en
train de faire de Washington le dictateur mondial de l’ère
moderne. »
« Par
essence, la nouvelle doctrine nucléaire est un élément de la
nouvelle stratégie de sécurité étasunienne qu’on pourrait mieux
décrire comme stratégie de l’impunité totale. Les USA dopent
leur budget militaire, lâchent les rênes de l’OTAN comme gendarme
mondial et planifient des manœuvres réelles en Iran pour tester
dans la pratique cette initiative d’Attaque globale rapide.
Entretemps, Washington parle d’un monde absolument exempt d’armes
nucléaires. »
Au
fond, Obama prétend leurrer le monde en parlant d’une humanité
exempte d’armes nucléaires, lesquelles seraient remplacées par
d’autres extrêmement destructrices, mais mieux adaptées à la
volonté de terroriser les dirigeants des États et de garantir cette
nouvelle stratégie d’impunité totale.
Les
Yankee croient que la reddition de l’Iran est proche. Dans ce sens,
on s’attend à ce que l’Union européenne fasse connaître son
propre train de sanctions le 26 juillet.
Les
5+1 se sont réunis la dernière fois le 2 juillet, après que le
président iranien Mahmud Ahmadineyad a affirmé que « son pays
reprendrait les négociations fin août avec la participation du
Brésil et de la Turquie ».
Un
haut fonctionnaire de l’UE « a averti que ni le Brésil ni la
Turquie ne sera invité à ces conversations, du moins pas à ce
niveau ».
« Le
ministre des Affaires étrangères iranien, Manouchehr Mottaki, s’est
déclaré partisan de défier les sanctions internationales et de
continuer d’enrichir l’uranium. »
Depuis
le mardi 5 juillet où l’Union européenne a réitéré qu’elle
prendrait de nouvelles mesures, l’Iran a répondu qu’il ne
négociera pas avant septembre.
Les
possibilités de vaincre cet obstacle insurmontable diminuent de jour
en jour.
Ce
qui va se passer est si évident qu’on peut le prévoir d’une
façon quasi exacte.
Je
dois de mon côté faire mon autocritique : j’ai commis
l’erreur d’affirmer dans mes Réflexion du 27 juin que le conflit
éclaterait le jeudi, le vendredi ou, au plus tard, le samedi. On
savait alors que des bâtiments de guerre israéliens naviguaient
vers l’Iran aux côtes des forces navales yankees, et que l’ordre
d’arraisonner les cargos iraniens avait déjà été donné.
Je
n’ai pas fait attention, toutefois, à une étape préalable :
que l’Iran refuse concrètement l’inspection de ses cargos.
Analysant le langage tortueux de la résolution du Conseil de
sécurité imposant des sanctions à ce pays, je n’ai pas fait
attention à ce détail sans lequel le mandat de perquisition ne
pouvait être pleinement valable. C’était tout ce qu’il
manquait.
Le
délai de soixante jours fixé par le Conseil de sécurité le 9 juin
pour recevoir des informations sur la mise en œuvre de sa résolution
prendra fin le 8 août.
Mais
il s’est passé en fait quelque chose de plus lamentable. J’ai
travaillé à partir du dernier document élaboré sur ce thème
épineux par notre ministère des Relations extérieures, lequel ne
contenait pas deux paragraphes cruciaux, les derniers de cette
Résolution, que voici :
« 36.
Demande au Directeur général de l’AIEA de présenter dans les 90
jours au Conseil des gouverneurs de l’AIEA et parallèlement, pour
examen, au Conseil de sécurité un rapport concernant la suspension
complète et durable par l’Iran de toutes les activités
mentionnées dans la résolution 1737 (2006) et l’application par
ce pays de toutes les mesures prescrites par le Conseil des
gouverneurs et des décisions énoncées dans les résolutions 1737
(2006), 1747 (2007) et 1803 (2008) et dans la présente résolution;
« 37.
Affirme qu’il examinera les mesures prises par l’Iran au vu du
rapport demandé au paragraphe 36 ci-dessus, qui doit être présenté
dans un délai de 90 jours, et : a) qu’il suspendra l’application
des mesures susmentionnées si l’Iran suspend, et aussi longtemps
qu’il suspendra, toutes les activités liées à l’enrichissement
et au retraitement, y compris la recherche-développement, sous
vérification de l’AIEA, pour ouvrir la voie à des négociations
de bonne foi permettant de parvenir rapidement à un résultat
mutuellement acceptable; b) qu’il mettra fin aux mesures visées
aux paragraphes 3, 4, 5, 6, 7 et 12 de la résolution 1737 (2006),
aux paragraphes 2, 4, 5, 6 et 7 de la résolution 1747 (2007), aux
paragraphes 3, 5, 7, 8, 9, 10 et 11 de la résolution 1803 (2008) et
aux paragraphes 7, 8, 9, 10, 11, 12, 13, 14, 15, 16, 17, 18, 19, 21,
22, 23 et 24 ci-dessus dès qu’il aura constaté, après réception
du rapport visé au paragraphe précédent, que l’Iran respecte
pleinement les obligations que lui imposent ses résolutions
pertinentes et se conforme aux exigences du Conseil des gouverneurs
de l’AIEA, et que celui-ci l’aura confirmé; c) que, au cas où
il ressortirait du rapport demandé au paragraphe 36 ci-dessus que
l’Iran n’a pas appliqué les dispositions des résolutions 1737
(2006), 1747 (2007) et 1803 (2008) et de la présente résolution, il
adoptera, en vertu de l’Article 41 du Chapitre VII de la Charte des
Nations Unies, toutes autres mesures qui pourraient être requises
pour persuader l’Iran de se conformer à ces résolutions et aux
exigences de l’AIEA, et souligne que de nouvelles décisions
devront être prises si de telles mesures additionnelles s’avéraient
nécessaires… »
Un
compagnon du ministère, sans doute épuisé par le travail de
nombreuses heures consistant à faire des copies de tous les
documents, s’est endormi. Si j’ai pu découvrir cet oubli, c’est
parce que je désirais avoir toute l’information possible et
échanger des vues sur ces questions délicates.
À
mon avis, les États-Unis et leurs alliés de l’OTAN ont dit leur
dernier mot. Deux puissants États dotés d’autorité et de
prestige n’ont pas exercé leur droit de veto pour bloquer cette
résolution perfide de l’ONU. C’était pourtant là la seule
possibilité de gagner du temps à la recherche d’une formule pour
sauver la paix, un objectif qui leur aurait procuré plus d’autorité
pour continuer de se battre en sa faveur.
Aujourd’hui,
tout pend d’un mince fil.
J’ai
cherché avant tout à mettre en garde l’opinion publique
internationale sur le cours des événements.
J’y
suis arrivé en partie en observant ce qu’il se passait, en ma
qualité de dirigeant politique qui a affronté de longues années
l’Empire, ses blocus et ses crimes inqualifiables. Mais je ne le
fais par esprit de vengeance.
Je
n’hésite pas à courir le risque de compromettre ma modeste
autorité morale.
Je
continuerai d’écrire plusieurs autres Réflexions sur ce point en
juillet et en août pour aller plus loin, sauf incident qui déclenche
les armes meurtrières braquées les unes sur les autres.
J’ai
beaucoup apprécié les derniers matchs de la Coupe du monde de
football et les matchs de volley-ball de la Ligue mondiale où notre
courageuse équipe s’est qualifiée à la tête de son groupe.
Fidel Castro
Ruz
Le 11
juillet 2010
20 h 14