Nouvelles du Saguenay : il faut sauver Nathalie Simard …(suite)

2008/05/06 | Par Pierre Demers

Petit rappel : la semaine dernière, nous avions amorcé un portrait orienté de la presse écrite dans la région en précisant qu’ici, comme ailleurs, on réduit le nombre de journalistes et les sujets couverts.

Ou encore, les journaux de Chicoutimi et de Jonquière (ceux du Lac, des hebdos localisés non diffusés au Saguenay comme Le Point de Dolbeau (propriété de Quebecor) et LBR.ca sur Internet d’Alma depuis 1996, hebdo indépendant ne diffusant que des communiqués et des opinions, etc.) remplissent aussi leurs pages avec des entrevues de politiciens, commissionnaires ou vedettes montréalaises de passage pour vendre leur salade. Plus facile pour eux d’entrer dans ces journaux que pour nous ici, car c’est de la visite…

Le plus souvent donc, ce sont les faits divers dans le style Nathalie Simard qui quitte le Québec avec un gars de Jonquière, qui colle et recolle.

Cette NOUVELLE a continué de meubler les bulletins de nouvelles des médias de la région un temps. Relancée en fin de semaine avec la manchette du Journal de Montréal/Québec…IL FAUT SAUVER NATHALIE…, deux pages signées par son biographe officiel Michel Vastel, grand chroniqueur politique de l’Actualité, sans doute téléguidé par Quebecor (Et TVA/LCN du dimanche) qui perd des lecteurs dans ce fait divers au profit de La Semaine jouant également Nathalie en direct de la République Dominicaine.

«Nathalie est innocente, elle est mal entourée…souligne Vastel, son biographe officiel. Méchant politicologue et subtil psychologue. Pour l’amour du ciel, payez un billet aller seulement à cette fille sur la lune… et à son biographe. Le gars de Jonquière avec.

Je vous écris d’un pays lointain…

Pendant ce temps, durant la semaine du 1e mai, des évènements (ce n’est pas de la fiction) sont survenus qui éclairent de manière limpide la réalité locale. À tel point que ces nouvelles nous pétaient dans la figure, jour après jour, sans que les médias régionaux, presse écrite et électronique confondues n’aient le temps et les journalistes de les analyser et même de les trier comme les bleuets mûrs ou pas.

Encore moins les universitaires de l’UQAC qui passent leur vie sur les ondes radio-canadiennes chicoutimiennes ici aussi comme à Montréal et les chroniqueurs montréalais de service de plus en plus nombreux ici. On y reviendra, on y reviendra.


Une semaine de fou pour les nouvelles porteuses

Le 1e mai au Saguenay, on ferme une autre usine.

Pour fêter la Fête des travailleurs dans la région cette année, à part la bière gratuite de l’Intersyndicale au restaurant Le Presbytère de Chicoutimi et la conférence de presse pour rappeler les …fermetures d’entreprises et le nouveau combat des Centrales et des politiciens, TQS (Sauvons Nathalie ou TQS ? ? ?) on y reviendra… on a fermé une usine.

Désormais, c’est ce qu’on fera à chaque 1e mai. Idée originale des patrons pour démontrer que les travailleurs syndiqués méritent leur place dans les médias.

Le président d’Uniboard Canada (propriété du groupe allemand Pfleiderer), James N. Hogg est venu à la Baie rencontré les travailleurs de l’usine MDF (116 employés) fonctionnant au ralenti depuis quelques mois et qui fabrique des panneaux de composites de bois. Il leur a confirmé la prolongation de la fermeture temporaire. «Les conditions difficiles du marché expliquent cette décision… » a souligné le président Hogg (Fermeture indéfinie de l’usine de la Baie…, CNW/Telbec, 1e mai).

La fin de semaine précédant sa visite, les travailleurs avaient monté un blocus pour empêcher le transport des copeaux de bois hors de la région vers les autres usines d’Uniboard Canada. La compagnie a intenté un recours juridique de 180 000$ contre les syndiqués pour leur geste. Lors de sa visite, monsieur N.Hogg n’a pas voulu effacer la poursuite.

Le maire Jean Tremblay a béni la fermeture temporaire de MDF en conseillant aux syndiqués de se chercher une autre job (Le Quotidien, 2 mai) et de miser davantage sur la nouvelle économie de la Baie, les bateaux de croisière.

Une animatrice d’émission d’affaires publiques à la radio privée a avoué que le président Hogg parlait un beau français mieux que les boss d’Abitibi-Consolidated…

Depuis le début de la crise forestière, à part MDF, deux autres usines ont cessé leurs opérations, la papeterie Abitibi-Consolidated et Produits Forestiers Saguenay, mettant à pied près de 1000 travailleurs de la Baie.

Heureusement que le beau quai de croisières construit au coût de 30 million$ par Promotion Saguenay va leur permettre de regarder passer les bateaux de touristes full fric…Bon premier mai.

Un autre conseiller municipal qui spécule un terrain est flushé par le maire

Décidément, le maire de ville Saguenay a quelques problèmes à retenir ses conseillers municipaux qui pigent dans l’assiette au beurre. Il y a eu Jacques Fortin qui s’est porté acquéreur au nom de sa femme d’un immense terrain industriel le long de la rivière Saguenay dans son fief de Rivière-du Moulin.

Le conseil a dézoné le terrain avant de le lui laisser alors que d’autres citoyens le désiraient depuis longtemps. La Commission des affaires municipales et des régions, après enquête, n’a pas trouvé matière à délit d’initié. Fortin veut poursuivre ses détracteurs pour atteinte à sa réputation…

Maintenant, c’est un autre conseiller de Chicoutimi-Nord, son fief à lui où il exploite des blocs appartements et des commerces avec des membres de sa famille, Carl Savard. Là, il voulait se porter acquéreur d’un terrain sur le boulevard Sainte-Geneviève (ancien poste d’essence Esso) où vraisemblablement on construirait la nouvelle caserne de pompiers.

Ce monsieur Savard est président de la Commission de la sécurité publique (oui !, oui !) des pompiers. Mais il dit qu’il ne savait pas que le terrain en question était dans la mire de la future décision pour construire la fameuse caserne. C’est sa parole contre la nôtre.

Le maire l’a démis de ses fonctions temporairement jusqu’à ce que la ministre des Affaires municipales et des régions, Nathalie Normandeau, fasse la lumière dans le dossier (Le Quotidien, 2 mai).

Carl Savard est heureux que le maire commande une telle enquête sur son compte, mais il se demande pourquoi le premier magistrat de la ville sans tache et sans reproche, bon père de famille, n’a pas agi de la sorte avec le conseiller Jacques Fortin (Le Réveil, 4 mai).

Il déplore aussi l’attitude des autres conseillers municipaux qui l’ont rejeté. Il avoue se sentir «bien seul » à la table du conseil depuis que la nouvelle est sortie…

De la tourtière de lièvres aux furannes

La nouvelle (Le Réveil, 27 avril) que la firme Récupère-Sol de Saint-Ambroise contamine la faune (ici les lièvres) autour de l’usine selon un document de travail de l’Agence de santé et des services sociaux du SLSJ et des analyses du biologiste Michel Savard n’a pas eu l’impact qu’elle aurait dû avoir.

C’est la première fois qu’on obtient des données de contamination sur la faune et non sur la flore. Comme l’explique par la suite le chroniqueur à l’environnement du Devoir (29 avril) Louis-Gilles Francoeur, on constate que ce sont les furannes et non les dioxines présentes dans le secteur de l’usine Récupère-Sol qui font problème et sont bioaccumulées dans les organes des lièvres.

Ces deux substances persistantes résistent pendant des siècles à la biodégradation et se transmettent d’un être vivant à l’autre tout en altérant les mécanismes cellulaires et même le code génétique.

Le niveau de risque pour les humains qui bouffent … de la tourtière peut-être est très bas officiellement car, comme l’explique encore Francoeur, les normes actuellement utilisées par les services de santé pour établir le niveau de risque sont de plus en plus contestées.

D’autres lièvres ont été contaminés par les émissions atmosphériques de BPC 126 autour de Recyclages Larouche près du lac Kénogami où l’on nettoie des vieux équipements électriques.

Mais ici la pollution n’existe pas vraiment. Le taux de cas d’asthme est beaucoup plus élevé qu’ailleurs et l’Alcan a habitué les gens de la région à s’en accommoder.

Les municipalités sont toutes prêtes à recevoir des usines de traitement de déchets américains sans que les opposants se lèvent bien haut. Par ici les déchets… D’abord que les taxes municipales font oublier qu’on tousse un peu plus qu’ailleurs. Maintenant, on va regarder les tourtières aux lièvres d’un autre œil…et on les couvrira avec une autre couche de ketchup vert maison.

Le forum social 02 constate le déficit démocratique

Très peu couvert par les médias cette fin de semaine, la deuxième mouture du forum social 02 monté au cégep de Chicoutimi avec ses 200 ateliers, ses trois grandes conférences (Ressources naturelles, services publics et implication citoyenne), ses kiosques de spectacles, ses conférenciers venus se ploguer, projections de films et bébé ateliers, avait de quoi nourrir l’imagination de ceux et celles qui veulent changer le monde.

Constat : il prend du temps à changer ici aussi. 50% des élus de nos municipalités le sont par acclamation, le pouvoir régional fait peur à tous les politiciens au pouvoir à Québec et à Ottawa ; on cherche encore un maire à Saint-Thomas Didyme et le gros projet rassembleur régional se fait attendre.

Un prof de l’UQAC à la grande conférence sur l’implication citoyenne a clamé de faire baisser la moyenne d’âge des conseils municipaux pour les élections de 2009, des conseils qui se confondent bien souvent avec des foyers de retraités bien rémunérés.

Le même prof vendait son dernier livre et son futur colloque, mais il était là. Les élus brillaient par leur absence à ce forum qu’on voudrait permanent. Pas de travailleurs à peine remis de la défaite des Canadiens(sic), que des jeunes et des communautaires, des étudiants, des profs militants et quelques syndicalistes de carrière.

Pas beaucoup de journalistes pour couvrir tout ça. Ils ne sont pas assez nombreux et les nouvelles porteuses débordent. Quelle semaine de fou. Et il faut sauver Nathalie, TQS, le Saguenay, la planète….Commençons par regarder Manifeste en série de Hugo Latulippe le lundi soir à 21 heures au canal D (chriss, pourquoi cette série ne passe pas à Radio-Canada ou à Télé-Québec où on préfère produire des émissions sur l’armée canadienne et des Francs-tireurs d’une heure avec le gros Champagne qui rote ses préjugés ? ? ? ?).

Bon c’est fini pour cette semaine. On sauvera Nathalie la semaine prochaine.


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