Labeaume, Labeaume

2011/03/08 | Par Pierre Demers

L’auteur est cinéaste et poète. Il habite Arvida

Ça fait un bon bout de temps que je veux m’exprimer sur son compte. Je le regarde aller de loin depuis longtemps. Il me fait penser un peu beaucoup à notre maire Tremblay, évidemment. Même arrogance dans sa gouvernance, comme si le fait d’avoir battu des scores aux élections municipales lui permettait d’ignorer pour quatre ans tout semblant d’opposition.

Avec en moins, le petit côté fanatique religieux qui semble s’expliquer ici par une certaine distance géographique, faut croire. Et aussi une histoire familiale et personnelle du maire Tremblay qu’il faudra bien revisiter un jour.

Labeaume lui il est fanatique de sa ville et de lui-même. À vous en décourager de voir la politique municipale comme un des beaux-arts, comme un enjeu démocratique. Il reflète bien le chauvinisme réchauffé par les radios poubelles de la vieille Capitale. «Le vote nordique » selon la belle expression du chroniqueur parlementaire du Devoir, Michel David. La «Nordiques Nation » pour les mordus du hockey professionnel qui passe avant tout le reste. L’eau du fleuve à la hauteur de Québec doit être toxique pour étourdir autant de partisans flottant sur la vague bleue.

Je me suis documenté sur les frasques de Régis depuis quelques temps. J’ai lu régulièrement les chroniques du Soleil, d’Isabelle Porter, la correspondante allumée du Devoir à Québec, et de David Desjardins de Voir Québec.

Il n’est pas commode le beau Régis. Il pousse de l’air comme notre Ti-Jean. Mais lui, il est en compétition directe avec la grosse île, Montréal. Ti-Jean lui il est en compétition avec… Saint-Prime. C’est moins risqué pour lui. Il suit la parade de Québec qu’il aime bien d’ailleurs pour y séjourner plus souvent qu’à son tour, dit-on. Sa folie des croisières lui vient de là d’ailleurs.


Le style Labeaume

Le maire Labeaume ne fait pas dans la dentelle. Élu le 1e novembre 2009 avec une forte majorité (60% des votes contre 32% à son adversaire), il n’a promis qu’une chose : «faire de Québec la ville la plus performante » (sic).

Cet homme d’affaire de 51 ans qui a fait son million et plus dans les mines s’amusait, avant de devenir maire, à siéger sur divers conseils d’administration comme ceux de Centraide, d’Innovatech, du Festival d’été de Québec, etc. Il a donc ratissé le milieu des bénévoles riches pour consolider ses appuis avant de plonger en politique municipale.

Tout ce qui l’intéresse donc c’est de se démarquer comme on adore le faire dans le secteur privé, piler sur la tête des autres pour grimper plus vite. Laisser sa marque, brûler des étapes, passer la gratte devant lui.

Il a été élu avec une équipe, mais un candidat lui a fait faux bond peu après les élections. Ce dernier s’est allié à deux conseillers indépendants qui servent de cibles au maire Labeaume depuis des mois. Il les traite de tous les noms, les insulte en public, qualifie leurs questions, surtout celles d’Anne Guérette, de «stupides, folichonnes et farfelues ». Il a même provoqué en duel l’un d’entre eux.

Mais son arrogance est généreuse et ses insultes démocratiques. En q uelques mois, il s’est mis à dos les cols blancs de la Ville en les traitants «d’incompétents », les policiers, les pompiers et les employés municipaux qui tentent désespérément de négocier leur convention collective. Ceux-là, il les traite de «syndiqués gras durs et permanents ». Son anti syndicalisme issu du secteur privé rejoint celui des chambres de commerce.

Il va chercher ses appuis comme les autres maires populistes auprès des radios poubelles de Québec. Ce sont elles, d’ailleurs en grande partie, qui lui ont fait sa réputation de «grand bâtisseur visionnaire » durant sa campagne électorale.

Les animateurs de ces radios l’aiment parce qu’il leur accorde des nouvelles inédites et penche à droite, souvent du côté de l’ADQ. Ça leur permet de piler sur les intellectuels, les péquistes, les amirkadiristes, les bs, les montréalais, les féministes, les étudiants et les artistes pas connus.

Récemment il s’est mis à dos la radio de la SRC à Québec, la qualifiant de «radio poubelle »

(sic) parce que certains de ses journalistes remettaient en cause la pertinence d’investir 200 M $ de la Ville dans la construction de son fameux amphithéâtre.

Il y a quelques mois, lors de l’annulation du contrat de Clotaire Rapaille, il avait engueulé copieusement Isabelle Porter du Devoir parce que la journaliste, durant la campagne électorale du maire, avait identifié des compagnies qui cotisaient à sa caisse électorale. Il n’avait pas poursuivi la journaliste sous prétexte qu’il connaissait son père, l’ex-directeur du Musée du Québec.

Mais, maintenant, il a perdu ses scrupules et commence à poursuivre un peu tout le monde pour sauver sa réputation. Ils font tous ça une fois maire, le nôtre en particulier qui bat des records dans ce domaine. Labeaume va donc faire la même chose.

Ses premières victimes : Jean Guilbault, ancien membre de son équipe devenu indépendant et le président du syndicat des fonctionnaires, Jean Gagnon. Faut un commencement à tout.

D’autant plus qu’il a un gros dossier à gérer depuis des mois et qu’il a besoin de toute la confiance de son peuple nordique.


Le Colisée Quebecor

J’ai suivi la conférence de presse que Labeaume a tenu, avec le premier ministre Jean Charest, lors de l’annonce de la construction du nouveau Colisée de Québec financé à 100% par des fonds publics (400 M partagés entre la Ville et le gouvernement provincial), le 10 février.

C’était pathétique d’entendre le maire de Québec parler de son projet du siècle. Un vrai vendeur de chars, de brosses Fuller. Pendant que Charest se faisait du capital politique auprès de la Nordique Nation en descendant les salles de spectacles montréalaises.

Je crois sincèrement que cet amphithéâtre de 400M$, payé par nous autres, est aussi ridicule que le quai d’escale et le pavillon des croisières internationales du maire Tremblay.

Deux éléphants blancs pour consolider la réputation des deux maires populistes en mal de promesses électorales.

Le nouveau Colisée de Québec est tellement centré sur le retour des Nordiques qu’il a toutes les chances de ruiner la Ville et ses citoyens. Le maire ne veut même plus les consulter prétextant qu’il va de cette façon sauver un million… On a déjà entendu cet argument financier, ici, dans certains dossiers. Il faut bien l’admettre, Régis Labeaume et Jean Tremblay semblent jouer pour la même équipe de politiciens au-dessus de tout contrôle.

Et PKP là-dedans ? Il faut avoir du front comme lui pour tenter d’étendre sa convergence médiatique jusqu’à Québec, le lendemain du règlement du lock-out au Journal de Montréal limogeant 190 employés.

Et, au cas où vous ne le sauriez pas, et bien les Saguenéens et les Rimouskois font désormais partie de la banlieue de Québec, autant pour PKP que pour Labeaume. Ce sont nos citoyens d’abord qui vont investir dans l’achat de billets à 300$ et plus, pour aller voir les nouveaux Nordiques et Céline Dion au Colisée Quebecor.

Ti-Jean Tremblay a appuyé rapidement ce projet du maire Labeaume d’ailleurs, avec qui il semble avoir certains atomes crochus. L’autoroute à quatre voies dans le Parc servira à ça, entre autres. La machine est en marche. Le lobbyiste Réjean Tremblay, fervent admirateur de Labeaume et des hommes d’affaires millionnaires, est déjà en tournée de promotion. Ça promet !

400 M$ de fric public pour payer des salaires de fou à des joueurs de hockey professionnels, à Céline Dion et à d’autres vedettes américaines. On a les priorités politiques et culturelles qu’on mérite.

Mal pris, que choisir entre Labeaume et Tremblay ? Ni un ni l’autre, les deux s’annulent. Ce sont deux politiciens populistes qui gèrent leur ville comme si c’était leur propre business.

Ils refusent l’opposition, la confrontation et la remise en question.

On est loin de la démocratie participative ici fondée sur la consultation et les comités de citoyens. Très loin.

Sur ce point, ils rejoignent malheureusement trop d’élus actuels se considérant infaillibles : Charest, Harper pour ne nommer que les plus encombrants.

Un mot de Coluche pour finir tout ça avec une certaine distance coluchienne, «il ne faut pas oublier que le rôle des hommes politiques, c’est, le cas échéant, d’affirmer des incertitudes », le livre de poche, #14809. Coluche aurait aimé Labeaume et Ti-Jean autant qu’il admirait se payer la tête de Le Pen et de sa fille.


Citations de la semaine

«Les excès verbaux du maire, ses innombrables projets, ses fantasmes de toutes sortes masquent de moins en moins une réalité plus terne, celle de ses demi-succès, voire de ses échecs… »

-Francine Bouchard, ancienne conseillère de l’opposition à Québec, Le Devoir, 15 janvier


«La réputation des gens, particulièrement celle des élus, est trop importante pour laisser quiconque dire n’importe quoi… À compter d’aujourd’hui, c’est tolérance zéro. »

-Régis Labeaume, Le Devoir, 22 février


«La question du crucifix est pourtant simple à trancher, selon Gérard Bouchard. Il n’a pas sa place dans un lieu qui symbolise l’État laïque, point à la ligne. La même chose pour la prière. »

-Le Quotidien, 2 mars


 «Saguenay, c’est synonyme d’urbain, d’ambitieux, d’excellent. Jean Tremblay est plutôt rural et médiocre. Le Québec n’a pas besoin d’un deuxième Hérouxville.

-Christian Dufour, politologue, Progrès-Dimanche, 6 mars


N.b. rendez-vous au Conseil municipal de Jonquière le lundi 7 mars, à 19 heures, pour aller dire au maire et à ses conseillers ce qu’on pense d’eux.




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