La bien-pensance

2021/10/27 | Par Michel Rioux

Geoff Molson et son publiciste Paul Wilson en doivent une à Mathieu Perreault. Ses trois buts dans la victoire des Canadiens contre Détroit le 23 octobre ont fait oublier aux fefans cette décision imbécile de décréter avant chaque match que le Centre Bell se trouve sur un territoire mohawk non cédé.

Quand une institution quasi sacrée comme les Canadiens de Montréal imite Coderre le bougonneux et Plante la souriante, c’est que la rectitude politique a fait des bonds de géant ces dernières années. Et quand on remplace par la bien-pensance les études réalisées par des historiens sérieux et les faits historiques avérés, cela donne cette parade dans laquelle défilent les abonnés à la contrition compulsive et les accros à la flagellation permanente.

Comment donner davantage foi à la tradition orale dont se revendiquent les Mohawks qu’aux documents de l’époque et aux recherches archéologiques ? Denys Delâge, de l’Université Laval et grand spécialiste de l’histoire autochtone, est clair là-dessus : « Les Iroquoïens du Saint-Laurent se distinguaient des Hurons et des Iroquois [Mohawks, Agniers, etc.] par deux choses. Ils avaient un style de poterie bien à eux, et on sait aussi par des écrits laissés par Cartier que leur langue était différente. Ils n’avaient pas la même façon de compter de 1 à 10, par exemple. (…) Alors ce n’était pas la même communauté que les Mohawks. »

C’est mon vieux prof de philosophie, Roméo Bouchard, qui tranche ce nœud gordien quand il écrit que « le Québec est un territoire conquis par les Britanniques, mais non cédé par les Canadiens français qui s'y sont installés avec l'accord des peuples autochtones de la vallée du Saint-Laurent et des Grands Lacs, et qui n'ont jamais ratifié la confédération ni la Constitution canadienne ».

La bien-pensance marche main dans la main avec la repentance, la culpabilité historique, la culture de l'excuse, les lois mémorielles et l'anti-discrimination. Elle fait la morale au nom des bons sentiments. Pensons ici à Justin Trudeau, par exemple, qui fait la morale au Québec pour le sort réservé aux Autochtones sur le territoire québécois. Le constitutionnaliste André Binette me faisait remarquer que « la norme fédérale minimale en santé est de fournir de l’eau potable aux réserves autochtones, et qu’elle n’est pas respectée ».

Il n’y a pas que sur la question autochtone que s’exerce la bien-pensance.

Prenons le cas du cours Éthique et culture religieuse (ECR) que le gouvernement vient d’abolir pour le remplacer par un cours axé sur la culture, la citoyenneté québécoise et le développement de la pensée critique.

Toujours aussi péremptoire, Sylvain Malette, président de la Fédération autonome de l’enseignement, clame que « le ministre annonce une réforme qui n’est pas de nature pédagogique, c’est une réforme de nature politique ». L’ineffable Michel Seymour y décèle « un indice que la laïcité qui est pratiquée en est une qui vise à expulser la religion de l’espace public, pour la confiner dans l’espace privé ». Toujours donneuse de leçons, Émilie Nicolas, trois jours avant même que le ministre n’annonce le contenu du nouveau cours, pontifiait : « Un patriotisme qui reçoit toute critique sociale avec une levée de boucliers est donc nécessairement un cul-de-sac. Il est alors juste de le décrire comme excessif, aveugle, intransigeant et agressif. » Rien de moins. C’est là qu’on en arrive quand on se livre à un Québec bashing forcené sous le couvert d’une soi-disant critique sociale.

Et comme ces idées tordues finissent par se frayer un chemin dans la population, on pouvait entendre, à la télévision, une citoyenne condamner ce nouveau cours en soutenant qu’elle préférait « l’ouverture au repli sur soi »…

Par contre, Normand Baillargeon, chroniqueur au Devoir sur les questions d’éducation, indique qu’il a été critique du cours d’ECR. « Je n’aimais pas moi non plus la réduction de l’identité à la religion, l’absence de perspective critique sur la religion. » Pour Pierre Curzi, « notre langue, notre culture, notre histoire, c’est ce qui constitue l’identité de la nation québécoise. Il faut que l’on puisse transmettre ce que nous sommes ».

Le lendemain de l’annonce, Le Devoir annonçait en manchette : « La citoyenneté d’abord. » L’essentiel est là. Faut-il rappeler que la commission sur la langue française présidée par Gérald Larose avait proposé en 2001 d’instaurer une citoyenneté québécoise. Le gouvernement Bouchard n’a pas osé aller jusque-là.

La cerise sur le sundae serait que Balarama Holness soutienne détenir la preuve que les Mohawks étaient bel et bien à Montréal au 17e siècle : ils étaient bilingues ! Mohawk et anglais…

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