Sexe pour tout le monde

2011/09/29 | Par Ginette Leroux

« Hasta la vista » est de retour au Québec après un passage remarqué au Festival des Films du monde de Montréal en août dernier. En plus du prix du public pour le film le plus populaire ainsi qu’une mention spéciale du jury œcuménique, le film du réalisateur flamand Geoffrey Enthoven s’est mérité le prestigieux honneur du Grand Prix des Amériques à l’issue du festival.

La tragi-comédie met en scène trois jeunes hommes handicapés. Philip est paraplégique, Jozef est aveugle et Lars, en phase terminale d’un cancer, est confiné à son fauteuil roulant. Bien que majeurs et vaccinés, les gars dépendent de l’opinion des parents en ce qui a trait au choix des amis, des sorties ou toutes autres activités extérieures. Plaire à papa, ne pas affoler maman sont des consignes à respecter, sans équivoque. De cette entente tacite, résulte la paix familiale.


Pas des anges, ces gars-là

Épicuriens dans l’âme, ces joyeux lurons sont amateurs de femmes et de bons vins. Mais, il y a une ombre au tableau. Ils sont aussi vierges que le jour où ils sont nés. Pourtant, ils éprouvent des pulsions sexuelles comme tout le monde et ils rêvent de connaître l’épanouissement sexuel.

La solution viendra d’un site Internet qui offre aux personnes handicapées les services de femmes « expertes en la matière » moyennant rémunération. Ce bordel de luxe se trouve en Espagne.

Il va sans dire que les parents ne seront pas de la partie. Les trois assoiffés de liberté planifient tout. Un infirmier qualifié, un véhicule adapté et des réservations dans les meilleurs hôtels rassureront les parents. Mais voilà, le projet dérape.


Sexe pour tout le monde

De la voiture qui s’arrête devant eux sort Claude, recommandée par l’infirmier qui a dû se désister à la dernière minute. Les trois sourcillent devant cette émule d’un lutteur sumo japonais. Puis, s’inquiètent du minibus qu’ils qualifient d’« épave ». Mais, pas question de reculer. Malgré une entrée en matière plutôt rude, patients et soignante s’engagent sur les routes ensoleillées vers une aventure qui, contre toute attente, les rapprochera.

De rebondissement en rebondissement, les trois compères découvriront à quel point ils ont besoin les uns des autres. Solidarité et résistance les uniront face aux multiples situations cocasses qu’ils trouveront sur leur chemin. Tous autour d’une même devise : Sexe pour tout le monde.

« Hasta la vista » est un film d’amitié et d’amour qui dépasse largement la seule quête sexuelle. Par le biais de son film, Geoffrey Enthoven met en lumière un thème tabou dans nos sociétés : la sexualité chez les personnes handicapées. Règle générale, un handicapé n’a pas le droit à une vie sexuelle. Diktat appliqué par les parents qui, responsables d’un enfant handicapé, souvent totalement dépendant d’eux, n’admettent pas qu’il échappe à leur emprise. Une fois passé à l’âge adulte, ils gardent ce contrôle, allant jusqu’à nier ce besoin naturel et vital. En ce sens, les parents du film de Geoffrey Enthoven adoptent complètement les exigences de la société.

En 1981, Guy Simoneau et Suzanne Guy avaient réalisé « On n’est pas des anges », un film documentaire dans lequel évoluaient des personnes handicapées physiques. Femmes et hommes parlaient de leur corps, de leur vie amoureuse et de leurs expériences sexuelles. Là, encore, ces personnes, dont le corps ne correspondait pas aux normes de la société, devaient affronter les jugements réprobateurs et les codes sociaux, demeurés immuables jusqu’à ce jour.

De par son choix de privilégier le film de fiction au documentaire, le réalisateur flamand permet, dans un ton plus léger, tantôt drôle, tantôt émouvant, de traiter d’un problème de société universel.


Une distribution d’une remarquable qualité

On ne peut passer sous silence un casting parfait. Le jeu de Robert Van den Thoren (Philip) est admirable en fanfaron, à la limite du snobinard gâté. Il livre ici une prestation remarquable. Seuls ses yeux peuvent exprimer la gamme d’émotions ressenties par son personnage. Le jeune acteur a réussi le tour de force de faire du fauteuil roulant une extension de son corps. Gilles de Schryver incarne Lars, un beau garçon rieur qui sert à appâter les filles. Sa prestation est limpide et d’une sensibilité à fleur de peau.

Tom Audenaert joue le rôle de Jozef, un aveugle qui vit avec sa mère. Tout un exploit pour l’acteur qui a gradué en 2003 de la Kleine Académie de Bruxelles, une école de création théâtrale. Son jeu est nuancé, touchant, honnête et authentique. Son personnage apporte l’équilibre dans ce trio. Délirante de justesse, la désopilante Isabelle de Hertogh personnifie avec tact et mesure l’infirmière désinvolte qui prend, sur ses larges épaules, les trois lascars en rut. Tous ces jeunes acteurs, à l’instar de Tom Audenaert, ont une solide formation en théâtre.

Un film étonnant, hilarant et émouvant.


Hasta la vista sort en salles le 30 septembre 2011.


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