J’étais à la manif contre la brutalité policière

2012/03/16 | Par Pierre Lebuis

L’auteur est professeur à l’UQAM


J'ai un fils écrasé
Par les temples à finances
Où il ne peut entrer
Et par ceux des paroles
D'où il ne peut sortir

[…]

Mon fils est en prison
Et moi je sens en moi
Dans le tréfonds de moi
Malgré moi, malgré moi
Pour la première fois
Malgré moi, malgré moi
Entre la chair et l'os
S'installer la colère

Félix Leclerc, L’alouette en colère

Pour la première fois de ma vie, après avoir vu depuis quelques jours des vidéos montrant un usage excessif de la force par la police lors des manifestations étudiantes, j’ai décidé de participer, en famille, à la marche annuelle dénonçant la brutalité policière.

Après le regroupement au Parc Émilie-Gamelin, une foule importante s’est joyeusement mise en marche sur Berri vers le Nord pour prendre la rue Ontario vers l’Ouest. Tout est calme, mais on sent de la nervosité. Un groupe de policiers marche sur notre gauche. Par deux fois, le groupe se met à courir, entoure quelques individus à l’écart de la foule; à une occasion, une pancarte est arrachée des mains d’un manifestant, déchirée et jetée par terre. Mais tout le monde continue, sans réplique à ce qui s’apparente déjà à de la provocation…

26 minutes après le début de la marche, une auto de police annonce que la marche est illégale et que nous sommes susceptibles d’être arrêtés si nous ne nous dispersons pas immédiatement. Nous avons à peine le temps de tourner sur Jeanne-Mance, la police se déploie et charge. Des bombes assourdissantes éclatent quelques minutes plus tard et la foule va dans toutes les directions.

La stratégie est simple, des groupes de policiers surgissent d’un peu partout en grappes serrées. « Bouge » « Move » « Recule »… C’est comme cela que la police s’adresse aux personnes venues manifester pacifiquement.

Demain, je sais, je lirai dans les journaux que la police a dû intervenir à cause de la violence des manifestants et la plupart des absents seront fiers de notre service de police. Bien sûr, plusieurs manifestants ont résisté à l’ordre de dispersion, car cet ordre était perçu par la totalité des manifestants présents comme illégitime. Et il l’était. Ce soir, j’ai effectivement vu des actes de violence et d’intimidation et j’ai eu peur, car la violence et la provocation auxquelles j’ai assisté était l’œuvre de policiers.

Sommes-nous encore dans une démocratie, quand la police, à la fois juge et partie, a toute liberté de décider elle-même de la légalité et de la légitimité d’une manifestation qui remet en question certains de ses agissements.

De retour à la maison, je sens s’installer en moi l’incrédulité, la peur et la colère devant cette répression injustifiée des droits fondamentaux de liberté d’expression et d’association pacifique. L’an prochain, je serai encore là… Il serait bon que nous soyons encore plus nombreux à constater ce qui se passe réellement dans ce genre de manifestation, car, ce soir, rien ne justifiait le déploiement éhonté de force et de répression auquel nous avons assisté.

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