Des gens ben ordinaires

2013/09/20 | Par Ginette Leroux

Comédiens : Gabrielle Marion-Rivard, Mélissa Desormeaux-Poulin, Alexandre Landry, Vincent-Guillaume Otis, Benoît Gouin, Sébastien Ricard, Isabelle Vincent, Marie Gignac et Véronique Beaudet.
Participation de
Robert Charlebois, Grégory Charles, La Gang à Rambrou et les étudiants de l’École Les Muses.
Durée :
 102 minutes
Pays de production :
 Québec
Année de production :
 2013
Producteur :
micro-scope
Distributeur :
 Les Films Christal
Date de sortie : 20 septembre 2013

Gabrielle et Martin, jeunes adultes handicapés intellectuels, vivent leurs premiers émois amoureux. Quoi de plus normal. Malheureusement, leurs parents ne voient pas les choses du même œil. Gabrielle vit en résidence supervisée et son amoureux habite toujours chez sa mère. Tous les deux sont sous la tutelle parentale.

Gabrielle est une personne joyeuse et insouciante, entourée de sa famille, surtout de sa sœur aînée Sophie, un pilier dans sa vie. L’amour qu’elle ressent pour Martin bouleverse cet équilibre et attise sa soif d’autonomie. Elle ne peut plus se passer de celui qu’elle aime.

« C’est pas pareil pour des gens comme eux », dira la mère de Martin. Inquiète, elle questionne Sophie sur les moyens à prendre pour éviter une grossesse. Parce que « ce n’est pas lui qui tombe enceinte », lui lance insidieusement celle qui tient fermement les rênes qui retiennent son fils.

Martin, plus timide et craintif, obéit à la lettre aux exigences de sa mère. Mais Cupidon a fait son œuvre. Son nouveau bonheur lui donne la force nécessaire pour braver les interdits.

Leur amour est né au sein d’une chorale. Avec Rémi, le chef du groupe, ils se préparent fébrilement à recevoir Robert Charlebois, leur chanteur préféré. Les choristes l’accompagneront à l’occasion d’un grand festival de musique. Chanter abolit les différences, rend invisible le handicap de chacun. Quand Martin chante la chanson culte de Charlebois, il devient comme tout le monde, un gars ben ordinaire.

Gabrielle et Martin fréquenteront désormais le chemin de l’autonomie, repoussant ainsi les barrières parentales hissées pour les protéger. La musique leur servira de sauf-conduit pour la liberté.

Deuxième long métrage de fiction après « Familia », qui a remporté plusieurs prix dont le prix Claude-Jutra du meilleur premier long métrage au Gala des Génies en 2005, Louise Archambault présente « Gabrielle », tout aussi récompensé aux festivals de Locarno et d’Angoulême, et récemment honoré au Festival international du film de Toronto.

À quoi cette faveur et cette ferveur tiennent-elles? La réponse vient tout naturellement. À la vérité et à l’authenticité du film. « C’est de l’avoir fait avec eux et non sur eux », rappelle la réalisatrice. Ici, pas de mélo ni de pathos, mais une histoire vraie qui force l’émerveillement.

Il y a dans le film des scènes où la réalité se mêle à la fiction. Par exemple, la rencontre de Robert Charlebois et des choristes a été filmée en direct, laissant place à la spontanéité du moment. Il faut voir le regard ébahi et reconnaissant chez certains, et poindre la gêne qui se lit sur le visage d’autres membres de la chorale. Au final, le bonheur éclate de partout lorsque le chanteur vénéré, aussi intimidé qu’eux, reprend la balle au bond et détend l’atmosphère.

D’autres scènes ajoutent également cette pointe de concret à l’histoire. Sébastien Ricard, qui joue le rôle de Raphaël, le « chum » de Sophie, évolue également dans un milieu naturel. Filmé dans le décor authentique d’une école dirigée par l’organisme Jeunes Musiciens du monde, située dans le Karnataka, en Inde, Raphaël, professeur de musique qualifié, dispense des cours de musique traditionnelle aux enfants de cette région agricole pauvre.

La relation de Raphaël et Sophie se poursuit sur Skype. Les images permettent aux amoureux d’entrer dans l’intimité de l’autre. Pour le spectateur, la magie opère de la même façon. Il observe, en direct, la vie de Raphaël. Il découvre, non seulement son lieu de travail, mais aussi les liens qui unissent le professeur et ses petits élèves. Ce procédé confère aux scènes une valeur émotive beaucoup plus grande que si elles avaient été reconstituées en studio à Montréal.

Un autre aspect important de ce film concerne le choix des acteurs non professionnels. La cinéaste a fait appel à la chorale « Les Muses », un organisme voué à l'éducation artistique des personnes handicapées. L’actrice principale, Gabrielle Marion-Rivard, y a reçu sa formation artistique. Gabrielle a grandi dans une famille de musiciens. Par un apprentissage musical précoce et prolongé, elle a développé une capacité de discrimination extrêmement fine des fréquences (l’oreille absolue) et un talent musical, deux caractéristiques reliées au syndrome de Williams dont elle souffre.

Les autres membres de la chorale sont également issus de l’organisme, logé sous le toit du Centre Champagnat de la Commission scolaire de Montréal, qui accueille un grand nombre d’adultes handicapés.

« Lorsque j’ai entendu Anthony Dolbec, un des élèves de l’école des Muses chanter ‘‘Ordinaire’’, j’ai tout de suite su que cette pièce devait faire partie du film, surtout pour le personnage de Martin qui souhaite se réaliser comme les gens ‘‘normaux’’ », observe Louise Archambault. Le film se termine sur la chanson « Lindberg ». Ainsi s’envole le film. Au-delà des différences, le bonheur éclate comme autant de feux d’artifice dans le ciel.

Vous serez scotchés à l’écran, je vous le promets. Du coup, je vous mets au défi de ne pas sortir vos mouchoirs.


Cote 



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