Et si le SPQ Libre avait raison?

2013/11/04 | Par Louis Cornellier


Publié dans Le Devoir du 2-3 novembre 2013

Fondé en février 2004 à l’initiative de Pierre Dubuc, increvable directeur du mensuel indépendantiste de gauche L’Aut’journal et candidat à la direction du Parti québécois (PQ) en 2005, le club politique Syndicalistes et progressistes pour un Québec libre (SPQ Libre) fêtera très bientôt ses dix ans d’existence. Officiellement accueilli au sein du PQ en juin 2005, le SPQ Libre en sera expulsé, en tant que club, en mars 2010. Ses membres, environ 400, continueront toutefois de militer activement dans les rangs du PQ. Dans Le SPQ Libre et l’indépendance du Québec, Marc Laviolette et Pierre Dubuc, les deux principaux animateurs de ce club politique, racontent une décennie mouvementée d’engagement et réfléchissent à l’avenir du mouvement indépendantiste québécois.

  Le SPQ Libre est une expérience inédite au Québec. Son concepteur explique s’être inspiré du modèle du Parti socialiste français, qui accueille en son sein diverses tendances organisées en clubs politiques. Pour Dubuc et Laviolette (on sait que c’est le premier qui tient le crayon), il est manifeste que « la résolution de la question nationale québécoise nécessite la création d’un front uni » et que ce dernier doit se réaliser autour du PQ, le seul parti de masse à même d’assumer cette mission et de contrer les assauts du gouvernement fédéral. Notre mode de scrutin actuel étant ce qu’il est, il devient évident que la dispersion des troupes souverainistes en une multitude de petites formations ne peut que mener à la marginalisation de la lutte nationale. À l’élection de 2012, par exemple, la division du vote souverainiste (PQ-Québec solidaire-Option nationale) a permis une victoire caquiste ou libérale dans 22 circonscriptions, privant ainsi les souverainistes d’un gouvernement majoritaire.

 

La thèse de Pierre Vallières

Dubuc et Laviolette font donc leur la thèse de Pierre Vallières, exposée en 1972 dans L’urgence de choisir, « le livre le plus important de l’époque et un des plus marquants de toute l’histoire politique du Québec ». Vallières, dans cet ouvrage post-Crise d’octobre, conclut à l’échec de l’approche révolutionnaire et prône l’entrée de la gauche dans le PQ. Dubuc et Laviolette, 40 ans plus tard, continuent de lui donner raison en écrivant que « seule une mobilisation populaire d’une grande ampleur obligera les fédéralistes et le patronat à tenir compte de la volonté populaire » et en ajoutant que seul un projet de société social-démocrate et souverainiste peut permettre cette mobilisation.

Coalition de souverainistes de gauche comme de droite, le PQ ne brille pas toujours par son progressisme et heurte souvent les militants de gauche. Avec Lucien Bouchard ou André Boisclair à sa tête, le parti a même flirté avec le néolibéralisme. Il reste, malgré tout, le seul véhicule efficace de la cause indépendantiste. D’où l’idée de créer, en son sein, des clubs politiques organisés avec une reconnaissance officielle, ce qui revient à instaurer une sorte de proportionnelle à l’intérieur du parti. Il pourrait donc y avoir un club des écolos du PQ, un club des gens d’affaires du PQ, et chaque club se verrait attribuer un certain nombre de candidats, en fonction de son poids, au moment d’une élection. Ainsi, chaque club pourrait défendre son programme sans briser la nécessaire coalition. Sous la pression de son aile droite, le PQ a mis fin à l’expérience en 2010, mais le SPQ Libre, désormais sans statut officiel de club, y demeure actif.

Depuis sa naissance, ce club a défendu un véritable modèle social-démocrate, la nationalisation de la filière éolienne, le concept de « français, langue commune » (unilinguisme dans l’affichage, extension de la loi 101 au collégial, travail en français), la fin des subventions à l’école privée et l’idée d’une alliance syndicale nationale. « Les souverainistes, écrivent les auteurs, ont, d’une part, besoin du soutien actif du mouvement syndical, la principale force organisée de la société québécoise. D’autre part, le projet de société progressiste du monde syndical requiert un véhicule politique pour sa réalisation. » Cette alliance n’a pas été et n’ira pas sans tension, mais elle demeure la clé du succès pour le mouvement souverainiste et pour la gauche québécoise, qui ne saurait développer un projet de société progressiste et cohérent en étant privée de la moitié des impôts des Québécois.


Contre la politique du pire

Le PQ, écrivent Laviolette et Dubuc, doit comprendre que son succès électoral ne passe pas par une stratégie qui consiste à courtiser l’électorat caquiste (l’échec de Boisclair en est la preuve), mais par un programme clairement souverainiste et progressiste, apte à convaincre les citoyens abstentionnistes se reconnaissant dans ces causes de renouer avec lui et d’aller voter. « Pour triompher, notent les auteurs, Obama n’a pas cherché à convaincre des électeurs républicains. Il a fait le plein du vote des Noirs, a rallié à sa candidature les hispanophones et les jeunes. Sa victoire est attribuable à une augmentation significative du taux de participation. » Le PQ, concluent-ils, devrait s’en inspirer.

Les militants de Québec solidaire se trompent s’ils croient qu’une défaite du PQ, suivie de son éclatement, contribuerait au succès de leur programme progressiste et accessoirement souverainiste. Cette politique du pire, annoncent Dubuc et Laviolette, « assurerait la victoire du camp fédéraliste et sa domination sans partage sur le Québec pour de nombreuses années ». Pour être victorieuse, une lutte de libération nationale doit exclure le sectarisme et accepter la logique de l’alliance. Il vaut mieux, par exemple, avoir P. K. Péladeau avec soi que contre soi, sans pour autant « lui confier les rênes du mouvement indépendantiste ou du Parti québécois ».

Analyse très éclairante et particulièrement originale des possibles stratégiques qui s’offrent aux souverainistes et aux progressistes du Québec à court terme, cet essai doit être lu par ceux et celles qui ne veulent pas renvoyer le Québec dans l’ornière affairiste et provincialiste que nous creusent déjà de nouveau les libéraux.


Le SPQ Libre et l’indépendance du Québec. Dix ans de lutte au sein du Parti québécois
Marc Laviolette et Pierre Dubuc
Renouveau québécois
Montréal, 2013, 232 pages

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