Combattre l’austérité ensemble

2015/12/07 | Par Paul de Bellefeuille

Les syndicats du secteur public négocient actuellement le renouvellement de leurs conventions collectives avec le gouvernement employeur. Il s’agit très certainement d’une manière de combattre l’austérité qui se répand partout dans le secteur public.

Maintenir les conditions de travail des employés de la santé, de l’éducation et de la fonction publique contribue au maintien de services publics de qualité et repousse donc l’austérité planifiée et pratiquée par le gouvernement Couillard.

De même, une juste amélioration des salaires et le maintien intégral du régime de retraite militent pour un secteur public attractif mais aussi pour que les employés de ce secteur souhaitent y demeurer et y faire carrière. Comme le dit fort justement l’expression populaire : on n’attire pas des mouches avec du vinaigre.

La privatisation, la tarification et les coupures dans les services publics ne servent pas l’intérêt de la collectivité ni le bien commun. Ceux-ci sont mieux servis par des services publics universels et moins coûteux que des services publics privatisés.

Cette preuve a été établie par le Centre canadien de politiques alternatives (CCPA) en 2009 (1) mais aussi par l’IREC (Institut de recherche en économie contemporaine). Cette dernière a produit un rapport en ce sens en février 2012. (Les services publics : un véritable actif pour les ménages québécois) (2)

Les syndicats du secteur public ne sont pas les seules organisations actuellement mobilisées contre les politiques d’austérité du gouvernement du Québec. Plusieurs groupes sociaux, communautaires mais aussi des syndicats ont uni leurs forces au sein d’une coalition, surnommée Main rouge, (3) pour s’opposer à la tarification et à la privatisation des services publics. Cette organisation milite depuis de nombreuses années contre les mesures gouvernementales qui visent à affaiblir, sinon démolir les services publics.

Une manifestation s’est tenue le 28 nombre dernier à Montréal sous la bannière « saccage austère, réplique populaire ». Cette manifestation était certainement une des plus réussies de l’histoire de cette coalition très engagée pour la défense des conditions de vie des plus démunis de la société.

Il y a aussi des groupes de la société civile qui surgissent spontanément et se portent à la défense des services publics. Il en est ainsi du regroupement des parents appelé « Je protège mon école publique » qui se porte à la défense des écoles publiques et réclament que cessent les coupures en éducation.

Ce regroupement a réussi une action originale, soit celle d’entourer leurs écoles en formant des chaînes humaines, et ce à quelques reprises, dans le but de sauvegarder le caractère public de leurs écoles mais aussi de revendiquer des écoles qui offrent des services d’éducation adéquats en dénonçant l’augmentation du nombre d’élèves par classe mais aussi la mise à pied de plusieurs ressources professionnelles en soutien aux étudiants en difficulté.

Les récentes annonces de réinvestissement annoncées par le ministre de l’Éducation François Blais dans le système d’éducation ont déjà fait l’objet de critiques tant par les parents que par les syndicats comme étant insuffisantes.

Trop peu, trop tard Monsieur le Ministre. Le gouvernement doit songer sérieusement et rapidement à trouver les ressources financières nécessaires pour combler l’immense vide laissé par l’application de politiques d’austérité dans le secteur de l’éducation. L’Éducation publique de qualité n’est pas un luxe mais une nécessité du bien vivre ensemble en société.

 

L’opinion publique

Il est clair que le gouvernement n’a pas réussi à faire adhérer une majorité de la population à ses dogmes économiques et à ses coupures dans les services publics.

Même Justin Trudeau, lors de la récente élection fédérale, a compris que l’État devait soutenir l’économie. Ce que visiblement le premier ministre Couillard n’a pas encore compris, obsédé qu’il est par l’équilibre budgétaire à tout prix, à une exception près.

Il n’est pas question de priver la caste des médecins aristocrates de revenus faramineux, comme l’a constaté la vérificatrice générale. L’austérité se pratique donc à géométrie variable. Et M. Couillard avoue candidement qu’il lui est impossible de récupérer les sommes versées en trop auprès des collègues de sa confrérie. Ce qui ne semble pas trop l’embêter quand il s’agit de couper à l’aide sociale.

 

Le relais politique

Comment ces revendications et contestations des politiques d’austérité par la rue sont-elles relayées par les partis politiques de l’opposition à l’Assemblée nationale du Québec?

Le Parti québécois a suivi le mouvement de la critique des politiques d’austérité du PLQ. Alexandre Cloutier, porte-parole de l'opposition officielle en matière d'éducation, recherche et persévérance scolaire, sonne la charge. On le sent très convaincu et fougueux dans sa critique des coupures gouvernementales en éducation au sens large incluant la petite enfance.

Quelques députés du PQ participent ouvertement à certaines manifestations de la société civile dénonçant le virage « austéritaire » du gouvernement Couillard. On les voit accompagner, entre autres, les parents dans les chaînes humaines organisées autour des écoles. Le PQ a aussi pris position en faveur des revendications salariales du Front commun lors de son dernier Conseil national.

La CAQ de François Legault, bien que très timide, c’est le moins que l’on puisse dire, dans sa critique de l’austérité, se porte tout de même à la défense des enseignants. On souhaiterait que sa compassion s’applique sur un éventail plus large des services publics. Il ne faut tout de même pas lui en demander trop, compte tenu de ses orientations idéologiques sur le plan économique.

Québec Solidaire, fidèle à lui-même, n’y va pas avec le dos de la cuiller. Ce parti serait le seul pourfendeur crédible  de l’austérité libérale. Hors de QS point de salut, serait-on tenté de dire. (4)

L’unité de la société civile contre les politiques d’austérité du gouvernement a certainement fait reculer sensiblement le gouvernement dans l’application de sa course effrénée à l’équilibre budgétaire.

Les négociations dans le secteur public ont connu une réelle accélération aux tables sectorielles. Le ministre de l’éducation a ouvert sa bourse pour réinvestir en éducation mais certainement pas suffisamment aux yeux des parents et des enseignants.

Le Front commun et le Front social doivent maintenir la pression pour combattre les politiques d’austérité du gouvernement Couillard. On souhaiterait voir une même unité des partis politiques d’opposition dans leur lutte contre l’austérité et ainsi se faire les alliés de la rue et de la société civile.

C’est ensemble que la bataille contre l’austérité sera gagnée.

  1. https://www.policyalternatives.ca/sites/default/files/uploads/publications/National_Office_Pubs/2009/Les_avantages_tires_des_services_publics.pdf

  2. http://www.irec.net/upload/File/servicespublics260212.pdf

  3. http://nonauxhausses.org/

  1. http://www.ledevoir.com/politique/quebec/456569/quebec-solidaire-seul-pourfendeur-credible-de-l-austerite-selon-david

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