L’histoire méconnue des tirailleurs sénégalais

2017/04/21 | Par Richard Lahaie

Qui sont les tirailleurs sénégalais? Ce sont les grands oubliés de l’Histoire de la Seconde Guerre mondiale. Des centaines de milliers d’Africains, qui se sont battus pour libérer la France, débarquèrent sur les plages de Provence.

En entrevue à l'aut'journal, le réalisateur Julien Masson pose un constat douloureux. Le temps passe et précipite l’effacement de la mémoire. Les manuels scolaires n’en font pas écho. La presse se fait discrète et les films timides.

Le réalisateur s’est rendu au Sénégal pour y rencontrer les derniers témoins de ce pan de l’Histoire. Il présente sa quête à travers un projet pédagogique avec de jeunes élèves français. Avec son film, Julien Masson veut éveiller les consciences sur la diversité raciale en France. Pourquoi y a-t-il des Noirs et des Maghrébins en France? Il soulève un coin du voile du colonialisme français.

Le premier bataillon du corps des tirailleurs sénégalais a été créé en 1857. Jusqu’aux indépendances des années 1960, ils connurent toutes les guerres, de la guerre coloniale, dont ils furent un des piliers, jusqu’aux guerres d’Indochine, d’Algérie, en passant par les deux conflits mondiaux.

Sous le drapeau tricolore, les tirailleurs sont envoyés au front, en première ligne. Traités en indigènes par la France, en moins que rien par les Allemands, qui n’ont pas plus d’estime pour eux que pour les juifs, de nombreux crimes racistes sont perpétrés contre eux par l’armée d’Hitler.

Lorsqu’ils ne sont pas exécutés, pour ne pas salir le sol du Reich, les Africains sont emprisonnés dans les Fronstalag. Près de 70 000 Africains ont été tenus en captivité dans ces camps, en France occupée.

Un ex-tirailleur explique que « sur le champ de bataille, la balle ne distinguait pas le blanc du noir. Mais nous tous, nous étions Français dans le cœur, qu’il soit noir ou blanc. Quand nous tombions, c’est le sang français qui était versé sur le sol ».

Léopold Sédar Senghor, qui a été le premier président de la République du Sénégal, a été tirailleur durant la Seconde Guerre mondiale. À travers ses poèmes, il y en a un qui s’intitule « Hosties noires ». Nous savons qu’une hostie n’est pas noire, mais blanche! Senghor fait des tirailleurs, non pas l’égal du Christ, mais des gens qui ont aussi donné leur vie pour le salut de l’humanité.

Le 1er décembre 1944, au camp de Thiaroye, 70 tirailleurs sénégalais réclament leur dû et périssent sous les balles de l’armée française. D’autres sont condamnés jusqu’à dix ans de prison. On comprend pourquoi la France a un malaise face à son Histoire coloniale.

Le 30 novembre 2014, 70 ans après le massacre de Thiaroye, la France reconnaît cette sombre page de son Histoire. Le président Hollande rend hommage à ces victimes. « Nous nous souvenons que c’est en Afrique que la France libre a trouvé ses premières forces. C’est en Afrique qu’ont été menées les premières attaques contre les forces de l’Axe. C’est en Afrique que les alliés ont remporté leur premier succès. C’est du Sud que l’Europe doit son salut et elle ne doit jamais l’oublier. »

Mémoire en marche n’est pas exclusivement un film. Le projet se décline sur plusieurs plateformes médiatiques. En plus du film, il est le sujet d’un livre-photos et a fait l’objet d’une exposition itinérante.

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