« Te dire que tu peux changer… »

2018/11/01 | Par Pierre Jasmin

Hubert Lenoir photographié par Valérian Mazataud Le Devoir

Au quarantième anniversaire de l’ADISQ, entre la chanson incontournable de l’année, tant par ses paroles inspirantes que par sa rendition originale et éclatée par un Hubert Lenoir trans-figuré, Je suis venu te dire que tu peux changer, et celle de Serge Fiori, on a mis quelqu’un au monde, il faudrait peut-être l’écouter, s’est tissée une riche et mystérieuse correspondance plus qu’artistique, une véritable résonance humaine.

Une irrésistible vague d’énergie a charrié la soirée, avec des applaudissements incontrôlés pour Serge Fiori, ému aux larmes devant plus qu’un hommage, une recréation symphonique de son œuvre (et celle de Neil Chotem, Serge Locat, Monique Fauteux, Libert Subirana et j’en oublie, co-créateurs d’Harmonium). Une incroyable réussite de Simon Leclerc et de l’Orchestre Symphonique de Montréal, avec participation sur vidéo des Michel Rivard, Paul Piché, Richard Séguin (ce dernier salué par l’animateur séduit par la spontanéité vitale de son tchéâ! dans Journée d’Amérique) et même une Céline Dion étonnamment sobre dans sa juste prestation, et sur scène les Ariane Moffat, Marie-Pier Arthur et Catherine Major.

Quelle soirée réussie et bien suivie par le public, remarquable pour son ouverture sur les jeunes qui font évoluer notre société sans hélas obtenir de reconnaissance suffisante. Eh bien, le 28 octobre 2018, c’était leur soirée : dans la vingtaine, les Patrice Michaud et Klô Pelgag, nommés interprètes de l’année, Philippe Brach dont le travail musical et scénique fut récompensé par cinq trophées, l’inclassable Lydia Képinski, Roxanne Bruneau à la voix vulnérable que ma fille de 19 ans adore, ainsi que des trentenaires comme Andréanne A. Malette (tout juste 30 ans!), Émile Proulx-Cloutier, Debbie Lynch-White, Yann Perreau qui avec Émile Bilodeau, a intelligemment interpellé le premier ministre Trudeau présent dans la salle sur son absurde pipeline toxique pour la planète, acheté à cinq milliards de $, et enfin Benoît Pinette, la voix poétique de l’extraordinaire Tire le coyote, dont on aurait goûté une présence prolongée : on s’étonne de le voir si peu mentionné ni récompensé.

Autrement, la générosité du milieu des artistes était palpable, avec la rayonnante Judi Richards[1] ouvrant le show avec le rappel du premier Félix historique accordé (avec Toulouse en 1979!), suivie plus tard de son Yvon Deschamps applaudi comme une star, entouré par Guy A. Lepage et par Louis-José Houde. Ce dernier, brillant comme à son habitude, a rappelé en particulier que son prénom composé faisait très 2018, metoo# et transgenre. Cette remarque a fait rire, peut-être un peu jaune, vu le manque de récompenses accordées aux talents féminins dans la soirée, une ombre au tableau de l’ADISQ 2018.

Mais bref, ne boudons pas notre plaisir, quelle émotion de voir tous ces jeunes lauréats que les nouvelles technologies affament, en leur versant des redevances infimes et en les privant de revenus de CD, rivaliser malgré tout de générosité : les deux frères ont appelé à ouvrir une catégorie « musicien de l’année » parce qu’on néglige trop, selon eux, le métier de la composition, renchéris par Pierre Lapointe, rempli de gratitude pour la collaboration du milieu européen dans la création de la science du cœur et par un Philippe Brach soulignant l’accueil chaleureux et compétent, dans l’ombre, des techniciens de scène dans toutes les boîtes où sa tournée s’est déroulée au Québec. Que la nouvelle ministre de la Culture caquiste, Nathalie Roy (et non Claire Samson!?!), prenne note!

 

[1] Dimanche le 25 novembre 2018, à 15h, au Lion d’Or, pour une quarantaine de $, sur les thèmes du partage, de la fraternité, de l’amour et de la famille, Judi Richards et ses filles raconteront et chanteront un message d’espoir et de solidarité. Mettant l’emphase sur l’évolution des traditions et valeurs du temps des fêtes, le tout sera saupoudré, comme la belle neige, d’un mélange de chansons québécoises et américaines qu’elles adorent, certaines incontournables et d’autres moins connues…et ce, avec Monique Fauteux au piano.

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