Coronavirus : la suspension des cours universitaires, une option ?

2020/03/24 | Par Augustin Levesque-Mongrain

Le fléau COVID-19 sévit au Québec depuis quelques semaines déjà. Dire qu’au début du mois de février, ce virus était loin du territoire québécois et qu’aujourd’hui, chaque Québécoise et Québécois est affecté d’une quelconque manière par cette pandémie.  

C’est lors du fameux vendredi treize que la nouvelle est tombée : les écoles ferment leurs portes pour deux semaines. Depuis cette date fatidique, l’interruption s’est vue prolongée jusqu’au 1er mai. Pour un jeune universitaire comme moi, c’est du jamais vu ! Après plusieurs tergiversations, mon université a décidé de transformer la vaste majorité de ses classes présentielles en cours à distance. On peut douter de la réaction : un grand soupir de soulagement puisque cela signifie que la poursuite de mes études se fera sans embûche d’ici la fin de cette session universitaire. 

Cependant, avec ce chamboulement du calendrier scolaire vient une question de la plus haute importance : ce bouleversement nécessaire qui se produit au beau milieu du trimestre académique nécessite-t-il un arrêt complet de la formation scolaire ? Ou sinon, la mise en place de cours en ligne improvisée suffit-elle au bon fonctionnement de l’apprentissage des cohortes universitaires québécoises ? 

D’ores et déjà, l’Université du Québec à Rimouski a décrété que c’était la fin du trimestre. Le recteur, Jean-Pierre Ouellet, offre comme explication que les conditions actuelles ne sont pas favorables tant pour les professeur(e)s, que pour les chargé(e)s de cours et encore moins pour les étudiant(e)s. Une position appuyée par le Syndicat des professeurs et des professeures de l’Université du Québec à Rimouski. Ainsi, les résultats obtenus jusqu’à présent par les étudiant(e)s dans leurs cours seront considérés comme étant leur note finale.

À l’inverse, l’Université Laval a très rapidement annoncé qu’elle vise une fin de session 100 % virtuelle afin que ses élèves ne soient pas ralentis dans leur progression scolaire. 

Pour paraphraser le titre du récent album des Cowboys Fringants, ces deux universités sont ici « Les Antipodes » en matière de gestion de crise.

Maintenant, essayons d’apporter quelques pistes de réflexion. La préparation d’un cours nécessite plusieurs dizaines d’heures de travail acharné et ce, peu importe la matière. Bien que la substitution d’une classe présentielle en classe virtuelle ne représente pas le même défi, nous sommes à même de nous demander si la qualité de l’enseignement n’en sera pas altérée. Le transfert de la connaissance est un art en soi. Demandez à un ou une guitariste de composer une mélodie sans sa guitare ou à un ou une peintre d’esquisser une peinture sans ses pinceaux et le résultat ne sera pas à la hauteur de ses talents. Cela est semblable pour un ou une professeur(e) ; son enseignement sera différent et forcément pas à son meilleur.

Dans une étude de l’AELIÉS sur la formation à distance, l’association des étudiantes et des étudiants de Laval inscrits aux études supérieures a formulé une recommandation des plus intéressantes : « […] Lors de la transformation d’un cours présentiel en cours à distance, que la formule pédagogique soit revue et spécifiquement adaptée. Que l’évaluation de cours permette à l’étudiante ou l’étudiant de se prononcer sur la pertinence d’offrir ce cours à distance ». Donc, ce n’est pas en l’espace de quelques jours que la pédagogie d’un cours se voit transformée, revue et adaptée pour la réussite de la communauté étudiante.

Ensuite, l’environnement d’apprentissage change énormément ; on passe d’une classe où la totalité des personnes présentes ont pour objectif d’apprendre ; à un chez-soi où les distractions abondent. Cela a un impact non négligeable sur la concentration et le bon fonctionnement de l’apprentissage. 

De plus, pour des raisons reliées au COVID-19, tant les professeur(e)s que les étudiant(e)s ou les chargé(e)s de cours ne sont pas dans de bonnes dispositions pour apprendre ou enseigner. Cette situation aura nécessairement un impact sur les résultats finaux des élèves qui seront, dans plusieurs cas, revus à la baisse. Sans oublier que ce ne sont pas tous les étudiant(e)s postsecondaires qui possèdent le matériel électronique nécessaire à la poursuite d’un semestre en ligne.

Bref, que les cours soient suspendus ou pas, le Québec fait face à une crise collective au moment que ces lignes sont écrites. En tant que nation, le temps est venu de penser à son prochain et de se serrer les coudes pour le bien de l’ensemble de la société québécoise.

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