Protéger l’eau. Arrêtons de le dire et agissons!

2023/10/04 | Par Monique Pauzé

L’autrice est députée du Bloc Québécois

Tout le monde est d’accord, l’eau est une richesse à préserver. Si au Québec, l’eau coule à flots, ailleurs, souvent moins loin que vous pouvez l’imaginer, près de deux milliards d’êtres humains n’ont pas d’accès à l’eau potable. De plus, entre deux et trois milliards de personnes dans le monde connaissent des pénuries d’eau et, selon les Nations Unies, ces pénuries vont s’aggraver au cours des décennies à venir – en particulier dans les villes.

Quand je parle du manque d’accès à l’eau potable et que je demande aux gens quelle est la première image qui leur vient en tête, la quasi-totalité imagine une jeune femme africaine se promenant avec des carafes d’eau. Ils se surprennent toujours d’apprendre qu’au Canada, il y a encore des communautés qui vivent sans eau potable. Eh oui, malgré la promesse de Justin Trudeau en 2015, une trentaine de communautés autochtones n'ont toujours pas l'eau potable.

D’ailleurs en avril 2022, Radio-Canada rapportait que transporter ses bidons pour aller chercher de l’eau potable, se laver avec de l’eau en bouteille, faire bouillir l’eau… ces gestes sont encore quotidiens dans trente-trois communautés autochtones du pays, dont près de 80 % en Ontario. L’eau potable reste un luxe devenu un traumatisme à force de l’attendre, de l’espérer. Au Canada, la nation Neskantaga du nord de l'Ontario est la communauté qui souffre depuis le plus longtemps du manque d’accès à l’eau potable. Ils attendent depuis près de trente ans. À seulement dix km de Calgary, une communauté autochtone n’a pas d’eau au robinet. Incroyable! Au Québec, les problèmes d'eau potable ont aussi touché la communauté autochtone anichinabée de Kitigan Zibi.

Les villes ne sont pas non plus à l’abri de pénurie d’eau. On le voit déjà lorsque le niveau des rivières baisse et que les villes demandent aux citoyens de réduire leur consommation d’eau.

L’eau constituera tout un défi au cours des prochaines années. En fait, ça l’est déjà. Voilà pourquoi, en septembre dernier, j’ai assisté à un forum qui tentait de répondre à la question : Quel avenir pour l’eau douce au Canada? Je ne suis pas certaine qu’on ait trouvé une réponse.

Les mots que j’ai le plus entendus sont : collaboration, échanges, avoir des données claires. On ne peut pas être contre la vertu, mais il y a tellement d’organismes, de ministères, de citoyens impliqués dans la gestion de l’eau, dans sa protection, comment se fait-il que nous ne soyons pas plus informés ou plus mobilisés?

Pénurie et abondance

Si l’eau semble être une ressource inépuisable pour certains, sa rareté se constate localement. Chaque jour, plus de 2300 personnes – dont 700 enfants âgés de moins de cinq ans – meurent de maladies provoquées par de l’eau insalubre, des infrastructures déficientes et un manque d’hygiène. Selon l’ONU, au moins deux milliards de personnes boivent de l’eau contaminée par des excréments, les exposant à des maladies mortelles : choléra, dysenterie, typhoïde ou polio.

Nous sommes de grands privilégiés. Alors que seulement 0,0007% de l’eau douce de la planète est accessible, le Québec possède 3% des eaux douces renouvelables de la planète. Le Canada dispose quant à lui de 20% des ressources d'eau douce de la planète. Pour plusieurs, l'eau est une ressource inépuisable. Sans doute est-ce pour cela qu’on la gaspille autant. J’ai honte de l’admettre, mais les Québécois sont les plus grands consommateurs d’eau potable au monde.

Par exemple, un Montréalais consomme en moyenne 367 litres chaque jour, alors qu’un Canadien en consomme en moyenne 220 litres. Les Européens semblent beaucoup plus sensibles au gaspillage de l’eau que nous. En comparaison, en Angleterre, les gens consomment 140 litres par jour alors que les Français se limitent à 120 litres.

Si les individus doivent faire plus d’efforts et modérer leur consommation d’eau, les gouvernements doivent protéger l’eau à tout prix contre des pratiques entrainant sa contamination.

Actuellement, la réponse du gouvernement fédéral a été de créer l’Agence canadienne de l’eau. Mais, personne ne sait très précisément ce que cette Agence va faire. Rappelons que l’eau douce relève de la compétence des provinces.  Si la protection de cette ressource essentielle nécessite l’engagement de divers ordres de gouvernement, il est clair, pour le Bloc Québécois, que chacun doit néanmoins savoir s’acquitter de ses responsabilités, en respectant les compétences législatives des uns et des autres.

Gouvernance et protection

Au Québec, malgré la grande présence de rivières et de lacs, l’eau souterraine est la plus sollicitée. Selon le ministère de l'Environnement, elle permet d’approvisionner près de 90 % du territoire habité et ainsi rejoindre 20 % de la population. Encore une fois, cette richesse se doit d’être protégée.

En juillet dernier, nous avons appris la contamination de l’eau potable de l’arrondissement de La Baie par des PFAS (une famille de plusieurs milliers de substances chimiques connues pour leur persistance dans l'environnement) découlant d’activités menées à la base militaire de Bagotville. La mairesse de Saguenay confirmait que 3 736 domiciles habités par environ 8 000 citoyens auraient été exposés aux contaminants PFAS. La ville entérinait par la suite deux règlements pour une somme de près de six millions $ afin de répondre à cette situation.

Pourtant, durant tout le déroulement de ces événements, jamais le gouvernement fédéral ne s’est fait entendre. Le premier ministre, la ministre de la Défense nationale, Anita Anand, et le lieutenant du Québec, Pablo Rodriguez, agissent comme si la base de Bagotville relevait de la responsabilité de la Ville de Saguenay.

Un autre exemple que l’eau est en péril, la contamination de l’eau aux hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) et au cuivre émanant d’un centre de recyclage en territoire mohawk qui, aux dires de plusieurs est devenue une véritable bombe environnementale pour Québec et Ottawa. Comme ce centre dirigé ne dispose d’aucun système de récupération et de traitement des eaux conforme aux normes environnementales, les eaux contaminées se répandent abondamment jusqu’au lac des Deux Montagnes. Malgré les missives envoyées par le gouvernement fédéral aux propriétaires du site, en 2020, exigeant des améliorations au système de captation des eaux toxiques, rien ne s’est fait. Le Québec a mené deux enquêtes qui ont permis de remettre le dossier entre les mains du Directeur des poursuites criminelles et pénales.

Agriculture

Je m’en voudrais d’écrire un texte sur l’eau sans parler d’agriculture puisque ce secteur d’activité accapare 70% de nos ressources en eau. Qui plus est, la crise de l’eau, c’est celle du climat et de l’environnement.

Pour plusieurs agriculteurs, ce fut un été désastreux. Il y a eu ces pluies torrentielles, mais également des gels tardifs en juin, de la chaleur extrême, des vents violents sans oublier que le soleil a manqué à l'appel. L'été 2023 a été un des plus gris de l'histoire, notamment à Montréal. Conséquemment, beaucoup moins de fruits et légumes locaux furent disponibles pour les consommateurs cet été.

Les précipitations ont dépassé la normale dans plusieurs régions. Environnement et changement climatique Canada estime que 366 millimètres de pluie sont tombés dans le secteur de Mont-Joli dans la région du Bas-Saint-Laurent pendant les mois de juin, juillet et août 2023, soit une hausse de 41% par rapport aux normales de saison. Pour la Gaspésie, les précipitations reçues totalisent 510 millimètres d’eau, une hausse de 123%.

Si cette année, cette la pluie a fait ses ravages dans les champs du Québec, il ne faut pas oublier les sécheresses des dernières années. Les données compilées par le ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec (MAPAQ) montrent que le total des indemnités versées aux entreprises agricoles à cause de pertes de revenus liées à la sécheresse est passé d’environ deux millions de dollars en 2016 à près de quatorze millions en 2021, avec un pic en 2020 à trente-cinq millions de dollars.

Des moments incertains nous guettent. Nous devons nous retrousser les manches et s’attaquer au défi que constitue la protection de l’eau.