Cuba: le Groupe Alternatives pris à partie

2008/12/03 | Par Michael Walsh

Journal Alternatives
266, rue Saint-Vallier Ouest
Québec (Québec)
G1K1K2

Dans la parution du journal Alternatives de décembre 2008, un article signé Suzy Vézina, sous le titre « Cuba, la poursuite de la résilience » m’incite à émettre quelques réflexions.

Tout d’abord, il est à remarquer que le ton général du texte répond encore bien à la ligne de pensée du gouvernement canadien, qui par l’entremise de l’ACDI, subventionne l’ONG Alternatives. Dans un récent numéro du journal, on y avait même fait la promotion d’une biographie de Alberto Montaner, cubano américain, collaborateur de la CIA et supporteur d’actions terroristes contre Cuba.

Tout au long de l’article l’auteure prend bien garde de conserver un minimum de neutralité, au cas où le lecteur pourrait y déceler une once d’appui envers la société cubaine. Mais, quand vient le dernier paragraphe, en termes de conclusion, voilà que le chat sort du sac et, à s’y m’éprendre, nous croirions lire un discours de notre ministre canadien des affaires étrangères :

« Le régime est toujours autoritaire, l’ouverture politique est un leurre, avec un parti unique et une répression de la dissidence politique. Le spectre d’une éventuelle intervention américaine est entretenu par le régime pour verrouiller l’arène politique. »

Et voilà ce à quoi les lecteurs auront droit : des propos réchauffés du gouvernement canadien, fidèle allié de G. W. Bush, qui dans sa politique de support aux éléments anti-castristes et terroristes de Floride, accorde des millions de dollars pour diffuser et entretenir pareils discours.

S’il n’eût été du carcan politique dans lequel Alternatives se retrouve, peut-être que Suzy Vézina aurait pu nous dire un mot sur les bons coups de Cuba, malgré le blocus US, les cyclones et ouragans et la crise mondiale de l’économie : préservation et constante amélioration des systèmes de santé et d’éducation, envois de dizaines de milliers de travailleurs de la santé aux quatre coins du globe, campagne mondiale d’alphabétisation avec aides humaine, technique et fournitures scolaires cubaines; programme médical pour redonner la vue à des millions de personnes à l’intérieur et à l’extérieur de Cuba, des personnes qui seraient mortes aveugles, n’ayant pas eu les moyens financiers de se payer les opérations nécessaires aux yeux, etc.

Parce que le système politique est différent du nôtre, l’ouverture politique ne serait qu’un leurre, le parti unique ne saurait à coup sûr garantir la démocratie, et par conséquence bloquerait l’arène politique. Si Me Vézina s’en serait donné la peine, et si Alternatives aurait permis une plus grande liberté d’expression, le lecteur aurait pu bénéficier de références sur différents travaux concernant la démocratie à Cuba *, sur le système électoral, la démocratie participative**, et se rendre compte que sans être un système idéal, tout comme le nôtre ne l’est d’ailleurs pas, nos gouvernants auraient beaucoup à apprendre et à s’inspirer des Cubains pour représenter réellement les électeurs, et que le mode de scrutin qu’est le multipartisme n’est souvent qu’un leurre, justement, en terme de démocratie.

Évidemment aussi, tout comme sur le site web du ministère des Affaires étrangères, l’article ne fait pas référence au plan Bush contre Cuba, qui démontre très bien les visées interventionnistes du gouvernement étasunien, dont la phase « invasion » n’est pas exclu. Par conséquent il est tout à fait normal que cette hypothèse soit constamment rappelé aux Cubains, et il est malhonnête de prétendre que les autorités cubaines utilisent cette éventualité pour entretenir la peur et verrouiller l’arène politique. Quant à la soi-disant répression de la dissidence politique, on y retrouve encore la thèse officielle du gouvernement fédéral canadien.

«Alternatives pour un monde différent », différent de quoi ?! La différence, vous devriez aller la puiser dans les nombreux travaux sérieux qui ont été fait sur Cuba, et en particulier sur la soi-disant opposition cubaine ***, qui n’est en fait qu’une fabrication du gouvernement des États-Unis Allez donc voir alors sur les sites Internet du gouvernement des É-U et vous vous rendrez compte des sommes exorbitantes allouées annuellement à des organisations, souvent virtuelles, ne comptant que deux ou trois personnes ; opposition crée de toute pièce afin de justifier le blocus immoral et inhumain**** imposé depuis près de cinquante ans à ce petit pays, qui a décidé de se tenir debout .

Bravo pour Alternatives qui s’implique à Cuba ! Cependant si cet engagement dans des projets là-bas sont sans « arrières pensées » on ne peut en dire autant de ses positions plus que « critiques » et négatives dans ses propos écrits.

Michael Walsh
Association québécoise des amiEs de Cuba
Boischatel, Québec, le 30 novembre 2008

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